Interdiction des voitures thermiques en 2035 : pourquoi la trajectoire européenne vacille-t-elle ?
Le 18 avril 2023, l’Europe votait l’interdiction de la vente de voitures thermiques neuves à partir de 2035, dans le cadre du Pacte vert et de l’objectif de neutralité carbone en 2050.
Deux ans et demi plus tard, cette échéance est remise en question. Non pas sur le principe, mais sur sa faisabilité : les ventes de voitures neuves restent faibles en Europe, l’électrique progresse moins vite qu’anticipé, et la contestation politique gagne les plus hauts niveaux jusqu’à une demande officielle du chancelier allemand, début octobre, de revenir sur cette interdiction.
Pourquoi la trajectoire dérape-t-elle ? Que coûte réellement cette incertitude à la filière ? Et pourquoi le flou réglementaire pèse-t-il autant sur les décisions d’achat des automobilistes ?
À retenir :
– interdiction votée le 18 avril 2023, dans le cadre du Pacte vert européen
– application prévue en 2035 pour les voitures thermiques neuves
– objectif associé : la neutralité carbone en 2050
– part de l’électrique en 2025 : environ 15 % des ventes, à ce stade de l’année
– trajectoire supposée à ce stade : plutôt 25 %
– soit un écart d’environ 10 points entre la réalité du marché et la cible implicite.
Sur l’année pleine 2025, l’électrique a finalement atteint 17,4 % des ventes européennes, soit 1,9 million de véhicules — un chiffre consolidé qui reste très en deçà de la trajectoire attendue.
👉 Lire aussi : voiture électrique en Europe, 1,9 million d’immatriculations en 2025https://observatoirecetelem.com/automobile/voiture-electrique-europe-2025-nouveau-seuil)
Trois facteurs qui fragilisent l’échéance de 2035
1. Un marché du neuf durablement affaibli
Les ventes de voitures neuves en Europe restent à un faible niveau, ce qui met l’ensemble de la filière automobile en difficulté.
Le point est décisif : une interdiction de vente ne peut produire ses effets que si le marché du neuf est dynamique. Or c’est par le neuf que passe le renouvellement du parc et donc la décarbonation réelle. Un marché atone allonge mécaniquement les délais de transformation.
C’est ce que confirme l’état du parc roulant européen : 255 millions de véhicules, âgés de 12 ans et demi en moyenne, dont seulement 2,3 % d’électriques.
2. Un décalage de dix points sur l’électrique
L’électrique représente environ 15 % des ventes en 2025, quand la trajectoire supposait plutôt 25 % à ce stade.
Cet écart de dix points n’est pas un détail statistique. Il signifie que le rythme d’adoption réel s’éloigne de la trajectoire théorique sur laquelle repose l’échéance de 2035. Plus l’écart se creuse, plus l’objectif suppose une accélération brutale en fin de période techniquement et commercialement difficile à organiser.
3. Une contestation politique au plus haut niveau
Des voix s’élèvent désormais pour revenir sur l’interdiction. La plus spectaculaire est celle du chancelier allemand, qui a demandé officiellement début octobre son réexamen.
La position allemande a un poids particulier : l’Allemagne est le premier marché automobile européen et abrite des constructeurs dont l’équilibre économique dépend directement du calendrier de transition. Mais l’enjeu dépasse les seuls constructeurs allemands : c’est l’ensemble de la filière européenne qui est concernée.
Le vrai coût du flou : l’attentisme
C’est l’enseignement central de ce dossier, et il est souvent absent du débat public.
L’incertitude réglementaire ne produit pas seulement des difficultés industrielles. Elle produit de la paralysie de la demande.
Pour un automobiliste, la question est concrète : faut-il acheter un thermique qui pourrait être dévalorisé, un électrique dont les aides évoluent, ou attendre que les règles se stabilisent ? Face à cette équation, l’arbitrage rationnel consiste souvent à ne rien faire donc à conserver son véhicule actuel.
Cet attentisme a deux effets qui se renforcent :
– Il freine le renouvellement du parc, retardant précisément l’objectif environnemental visé ;
– Il fragilise la filière, en maintenant les ventes de neuf à un niveau bas.
Le paradoxe est réel : une réglementation conçue pour accélérer la transition peut, par son incertitude d’application, produire l’effet inverse.
Cet attentisme se lit d’ailleurs directement dans les comportements d’achat : en 2025, l’hybride reste la motorisation dominante en Europe avec 44 % des immatriculations soit plus du double de l’électrique. Un choix de compromis, typique d’un marché qui hésite.
Ce que ce dossier révèle du marché automobile
Trois enseignements se dégagent.
La visibilité réglementaire est un facteur économique à part entière. Elle ne relève pas seulement de la politique environnementale, mais des conditions de fonctionnement d’un marché.
Une trajectoire réglementaire doit être soutenable pour être crédible. Un écart de dix points entre la cible et la réalité, à dix ans de l’échéance, interroge le calibrage initial.
L’objectif environnemental et la santé de la filière ne s’opposent pas. Sans marché du neuf dynamique, il n’y a pas de renouvellement du parc — et donc pas de décarbonation.
C’est précisément l’objet de l’étude Auto 2026 de l’Observatoire Cetelem, qui identifie cinq leviers susceptibles de créer un rebond du secteur.
FAQ – Interdiction des voitures thermiques en 2035
Pourquoi l’interdiction des voitures thermiques en 2035 est-elle remise en question ?
Trois facteurs se combinent : un marché du neuf à faible niveau qui fragilise la filière, une progression de l’électrique inférieure aux prévisions, et une contestation politique portée notamment par l’Allemagne.
Quel écart existe-t-il entre la trajectoire prévue et la réalité du marché ?
L’électrique atteint environ 15 % des ventes en 2025, alors que la trajectoire supposait plutôt 25 % à ce stade, soit un décalage d’environ dix points.
Pourquoi le flou réglementaire pénalise-t-il le marché automobile ?
Il génère de l’attentisme : ne sachant pas quelle motorisation privilégier ni comment les règles évolueront, les automobilistes reportent leur achat et conservent leur véhicule actuel.
L’incertitude réglementaire nuit-elle à l’objectif environnemental ?
Elle peut y nuire. En freinant le renouvellement du parc, l’attentisme retarde le remplacement des véhicules les plus anciens, et donc la décarbonation réelle.
Quand cette interdiction a-t-elle été votée ?
Le 18 avril 2023, dans le cadre du Pacte vert européen, avec l’objectif d’atteindre la neutralité carbone en 2050.
À retenir
Votée le 18 avril 2023 dans le cadre du Pacte vert européen, l’interdiction de vendre des voitures thermiques neuves à partir de 2035 devait servir l’objectif de neutralité carbone en 2050.
Trois facteurs fragilisent aujourd’hui cette trajectoire : un marché du neuf durablement faible, une part de l’électrique d’environ 15 % en 2025 quand la trajectoire en supposait 25 %, et une contestation politique portée au plus haut niveau, jusqu’à une demande officielle de réexamen émanant du chancelier allemand.
Le coût principal de cette situation n’est pas seulement industriel : le flou réglementaire génère de l’attentisme chez les automobilistes, qui reportent leurs achats. Une incertitude qui freine le renouvellement du parc et donc l’objectif environnemental lui-même.