Marché de la moto : pourquoi l’occasion recule-t-elle plus vite que le neuf ?
Avec plus d’un million de véhicules vendus chaque année, la moto constitue un marché de volume comparable à bien des secteurs de l’équipement. En 2024, il a reculé de 9 % par rapport à 2023 100 000 immatriculations de moins.
Mais la lecture du détail réserve une surprise. Ce n’est pas le neuf qui décroche : avec 280 000 immatriculations, il limite son recul à 1 %. C’est l’occasion qui plonge, à -11 %, pour 788 000 unités.
Un retournement contre-intuitif : en période de contrainte budgétaire, on s’attend plutôt à voir l’occasion résister mieux que le neuf. Pourquoi l’inverse se produit-il ? Que révèle le ratio de trois motos d’occasion vendues pour une neuve ? Et où en est réellement la moto électrique ?
Les chiffres clés du marché de la moto
À retenir pour 2024 :
– plus d’un million de motos vendues chaque année en France
– un marché en recul de 9 % par rapport à 2023
– 100 000 immatriculations de moins en un an
– 788 000 motos d’occasion immatriculées, en recul de 11 %
– 280 000 motos neuves immatriculées, en recul de 1 %
– environ 5 % de part de marché pour la moto électrique
Trois motos d’occasion pour une moto neuve
Ce ratio est la clé de lecture du marché. Avec 788 000 unités d’occasion pour 280 000 unités neuves, le marché de la moto est massivement un marché de seconde main bien davantage que l’automobile.
Cette structure a une conséquence directe : le marché de la moto se joue d’abord sur l’occasion. Quand elle décroche de 11 %, c’est l’essentiel du volume qui recule, même si le neuf tient bon.
Elle explique aussi pourquoi le recul global de 9 % est presque intégralement porté par le segment de l’occasion.
Pourquoi l’occasion décroche-t-elle plus que le neuf ?
Le phénomène mérite d’être interrogé, car il contredit l’intuition économique habituelle.
Plusieurs facteurs peuvent l’expliquer à considérer comme des pistes d’interprétation :
Un effet de volume. L’occasion pèse près de trois fois le neuf. Une contraction de la demande s’y traduit mécaniquement par des volumes absolus bien plus élevés.
Des profils d’acheteurs différents. Le marché du neuf s’adresse davantage à des motards engagés, à des acheteurs professionnels ou à des clients accompagnés par des solutions de financement. L’achat d’occasion, souvent de particulier à particulier, se reporte plus facilement.
Le report intégral plutôt que le déclassement. En automobile, la contrainte budgétaire pousse souvent du neuf vers l’occasion. Sur la moto véhicule fréquemment secondaire ou de loisir la contrainte semble conduire à renoncer purement et simplement à l’achat, plutôt qu’à se rabattre sur un modèle moins cher.
C’est peut-être l’enseignement principal : le recul du marché de la moto n’est pas un déplacement de la demande, c’est une disparition de la demande.
Un marché porté par le plaisir et par l’usage
Le recul de 2024 s’inscrit dans un contexte particulier : celui d’un marché qui avait fortement progressé les années précédentes.
Deux moteurs distincts avaient porté cette croissance :
Le plaisir : La balade, l’usage de loisir, le rapport affectif à la machine une dimension propre au deux-roues, qui n’a pas d’équivalent aussi marqué dans l’automobile.
L’usage pratique : La moto comme solution de déplacement domicile-travail, notamment dans les grandes métropoles où elle répond à des contraintes de circulation et de stationnement.
Cette double nature rend le marché particulièrement lisible économiquement : quand les budgets se resserrent, la dimension plaisir est la première à être arbitrée, tandis que la dimension utilitaire résiste.
La moto électrique, un marché encore embryonnaire
Avec environ 5 % des immatriculations, la moto électrique reste très en retrait par rapport à l’automobile, où l’électrique atteint 17,4 % des ventes en Europe.
Cet écart s’explique par des contraintes propres au deux-roues : autonomie plus limitée, poids des batteries sur des véhicules légers, et surtout une clientèle de loisir attachée à des dimensions de sonorité, de sensations et d’autonomie sur longue distance que l’électrique transforme profondément.
La comparaison avec le parc automobile est éclairante : dans les deux univers, la transition électrique se mesure en années, avec un décalage important entre l’enthousiasme du discours et la réalité des immatriculations.
FAQ – Marché de la moto en France
Pourquoi le marché de la moto d’occasion recule-t-il plus que le neuf ?
L’occasion pèse près de trois fois le volume du neuf, ce qui amplifie mécaniquement les reculs. S’y ajoute un profil d’acheteur différent : sur la moto, la contrainte budgétaire conduit souvent à renoncer à l’achat plutôt qu’à se reporter vers un modèle moins cher.
Quel est le rapport entre ventes de motos neuves et d’occasion en France ?
Il se vend environ trois motos d’occasion pour une moto neuve, soit 788 000 unités contre 280 000.
Qu’est-ce qui avait porté la croissance du marché de la moto ?
Deux moteurs : la dimension plaisir, liée à la balade et à l’usage de loisir, et la dimension pratique, la moto étant utilisée pour les trajets domicile-travail dans les grandes métropoles.
Pourquoi la moto électrique progresse-t-elle moins vite que la voiture électrique ?
Elle représente environ 5 % des immatriculations, contre 17,4 % pour la voiture électrique en Europe. L’autonomie, le poids des batteries et les attentes d’une clientèle de loisir expliquent en partie ce décalage.
Le recul du marché de la moto est-il durable ?
Après une année 2024 en recul de 9 %, l’année 2025 est restée difficile. Le marché avait toutefois fortement progressé les années précédentes, ce qui invite à replacer ce recul dans un cycle plus long.
À retenir
Le marché français de la moto représente plus d’un million de ventes par an. En 2024, il a reculé de 9 %, soit 100 000 immatriculations de moins qu’en 2023.
Ce recul est presque entièrement porté par l’occasion, en baisse de 11 % à 788 000 unités, quand le neuf limite sa contraction à 1 % avec 280 000 immatriculations. Avec trois motos d’occasion vendues pour une neuve, c’est bien le segment de seconde main qui fait le marché.
La moto électrique, elle, reste à environ 5 % des immatriculations, un marché embryonnaire, très en retrait de l’automobile.