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Partie 1 - SUV, trois lettres qui divisent

Un véhicule à l’identité floue

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D’acronyme à anonyme, il y a quelques lettres de différence qui souvent cachent le sens masqué et méconnu d’un concept. En l’occurrence, difficile d’appliquer ce constat au SUV. Surtout parce que ces trois lettres se sont imposées en un temps record dans le monde automobile. Pour autant, ces trois lettres font beaucoup parler d’elles, à tort ou à raison, selon des arguments rationnels ou non, au point de voir naître des oppositions singulières et tranchées.


Trois lettres et plusieurs sens

SUV à la loupeLe passage d’acronyme à nom commun marque souvent le succès d’une appellation. En la matière, celui du SUV ne fait aucun doute. En l’espace de 40 ans, il s’est imposé dans le langage courant, au plan international, au point qu’on en oublie presque ce que ces trois lettres signifient. Rappelons donc que SUV s’écrit en toutes lettres Sport Utility Vehicle. Derrière celles-ci se cache un tourbillon sémantique permettant de masquer des considérations diverses. Les mots eux-mêmes n’ont pas exactement le même sens selon le pays où on les emploie. Dans son acceptation littérale « utility » évoque le caractère pratique et utilitaire de l’automobile concernée, tandis que « sport » (parfois même écrit avec un s) renvoie plus à la notion de loisirs extérieurs que de sportivité et de performance. Alors que le terme « vehicle » semble plus transparent, il pourrait être aussi porteur d’un sens caché, ce mot étant préféré aux États-Unis à ceux de « light truck » pour des questions de réglementation sur la consommation.


SUV, la définition employée

Pour cette étude, nous nous sommes appuyés sur une définition suffisamment large pour qu’elle tienne compte de la réalité et de la diversité du segment SUV.

Nous considérons que SUV, acronyme de « Sport Utility Vehicle », désigne aujourd’hui toutes les voitures de type familial ayant des lignes rappelant les tout-terrain sportifs. Malgré la diversité de la gamme, certaines particularités caractérisent l’ensemble des SUV : un véhicule et une position de conduite surélevés ; une hauteur, un volume et un intérieur importants par rapport à des véhicules de même taille. Sans que cela soit une généralité, certains SUV peuvent, en plus, posséder 4 roues motrices ou des capacités de remorquage élevées.


Une origine incertaine

L’expression SUV semble même antérieure aux véhicules qu’elle désigne aujourd’hui puisqu’on la retrouve dès les années 40 aux États-Unis. Période qui voit la Willys sillonner pendant la Seconde guerre mondiale les routes et chemins européens et être considérée comme l’ancêtre des SUV.

Certains remontent même en 1935 pour sortir des limbes la Chevrolet Suburban Carrvall et en faire son parent ultime. Au plan marketing, c’est dans une brochure de 1974 consacrée à la Jeep Cherokee que Sport Utility Vehicle démarre sa route sémantique dans le langage courant. Si on en reste à un registre strictement automobile il semble illusoire d’identifier le « véhicule 0 » de la longue lignée des SUV. Jeep Wagoneer, Range Rover, Toyota RAV4 et Suzuki Vitara marquent autant d’étapes qui précèdent l’émergence des Volvo XC et autres Nissan Qashqai à partir des années 2000.

Qui plus est, la nature même des véhicules s’en mêle pour ne pas faciliter une clarification bénéfique. Transmission intégrale, transmission débrayable, deux roues motrices, plateformes ou non de berline, on ne sait plus à quel SUV se vouer. Soulignons en corollaire, qu’en France, un certificat d’immatriculation ne saurait être porteur de la mention SUV et que celle-ci ne fait pas l’objet d’une définition légale par les services d’homologation.


Des appellations variables

Pour ne rien arranger, les constructeurs ont fait disparaître les trois lettres à l’arrière de leur véhicule et se sont lancés dans un brainstorming créatif pour labourer de nouveaux champs
sémantiques.

Bienvenue donc aux crossover, faux 4×4 chers aussi aux médias, voire au Sport Activity Vehicle… Et les spécialistes du langage s’y perdent eux-aussi pour le définir avec précision. Ainsi, en France, un grand éditeur de dictionnaire s’est attiré les foudres du Comité des Constructeurs Automobiles pour avoir défini le SUV comme « un monospace de tourisme équipé de quatre roues motrices ». Il est vrai que la proportion de SUV équipés d’une transmission intégrale 4 roues motrices est très marginale.


Des silhouettes qui ne disent pas tout

Les automobilistes interrogés dans cette édition 2022 de l’Observatoire Cetelem de l’Automobile témoignent du flou qui entoure l’identité du SUV. Nous les avons invités à reconnaître parmi neuf silhouettes celles qui étaient un SUV (Fig. 1).

Côté berline, pas d’ambiguïté. Plus de 9 personnes interrogées sur 10 les identifient comme telles.

Côté SUV, les réponses sont beaucoup moins affirmées. Si le Greatwall Haval, le Honda CRV et la Range Rover sont associés aux SUV par 1 personne sur 2, la Peugeot 3008 ne l’est que par seulement un quart d’entre elles. Et pour seulement 16 %, la silhouette du Renault Captur évoque celle d’un SUV.


Fig. 1

Sous-Partie 1
Edito
Le secteur automobile traverse une grave crise qui touche l’ensemble de la filière, des constructeurs aux équipementiers, sans oublier les distributeurs qui font travailler beaucoup de monde. Déc
Sous-Partie 3
Une image à géométries variables
On pourrait considérer que la reconnaissance d’un véhicule à partir du seul tracé de sa silhouette revêt une grande part d’aléas. Les réponses apportées par les automobilistes quand il s