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Ex-Miss Vietnam: “sois belle et tais-toi”, très peu pour elle

(AFP) – Blanchiment de la peau, mariage, scolarité écourtée: la mannequin vietnamienne H’Hen Nie s’est rebellée très jeune contre toutes les traditions de sa communauté et se bat aujourd’hui pour montrer la voie à la nouvelle génération de jeunes filles de son pays.

Issue de la minorité Ede dans les hauts plateaux du Vietnam, H’Hen n’avait que 14 ans lorsque sa mère, agricultrice, lui a dit qu’il était temps de penser au mariage.

“L’idée d’épouser un homme était effrayante. A l’époque, j’aimais nager, dévaler les pentes et jouer dans la forêt”, raconte-t-elle à l’AFP.

H’Hen avait d’autres projets: “J’aimais la compétition et j’adorais étudier. Et j’avais beaucoup de rêves”, explique la jeune femme de 28 ans, élue Miss Univers Vietnam 2017.

Elle a fini dans les 5 premières au concours mondial de Miss Univers, et est la première femme issue d’une ethnie minoritaire à avoir représenté le Vietnam à cette compétition.

Elle milite aussi pour Room to Read, une ONG internationale de promotion de l’éducation auprès des jeunes filles de pays en voie de développement.

Avec la crise causée par le Covid-19, qui a plongé de nombreuses familles dans la pauvreté, le mariage des mineurs repart à la hausse dans le monde: les experts estiment que près de 20 millions de jeunes filles ne retourneront pas à l’école après la fin de la pandémie pour cette raison.

– Sortir du conformisme –

Au Vietnam, le mariage est interdit avant 18 ans, mais selon l’UNICEF, une fille sur dix est déjà mariée à cet âge-là. Un chiffre qui double chez certains groupes ethniques.

La peau foncée de son ethnie a aussi été un terrain de lutte pour H’Hen, la blancheur de peau étant perçue comme un canon de beauté dans toute l’Asie.

Dès son jeune âge, sa mère a essayé de la convaincre d’utiliser des produits de blanchiment.

“J’ai refusé et je me suis enfuie pour jouer”, se souvient H’Hen.

Mes amies “achetaient souvent de la crème qui rendait leur visage extrêmement blanc… mais je ne voulais pas être comme elles.”

Une décennie plus tard, H’Hen mène la grande vie à Hô Chi Minh-Ville, fréquentant les palaces et conseillant les autres reines de beauté sur leurs tenues.

Ses débuts dans la capitale économique du Vietnam ont été moins glamour. Elle a travaillé comme femme de ménage pour financer son école de management.

Sa famille a finalement soutenu ses ambitions: “ma mère a commencé à économiser de l’argent pour mon éducation. C’était un énorme sacrifice. Je pense que mes six frères et soeurs se sont parfois privés de nourriture pour moi, et ont reçu moins de cadeaux.”

– “Changer certaines vies” –

Après quelques années, elle a percé comme mannequin et a rapidement été placée sous les projecteurs avec l’obtention de sa couronne.

Sur les conseils de sa mère – désormais sa plus grande fan – H’Hen a reversé son prix pour financer des programmes de bourses pour les écolières.

Depuis sa victoire, elle a par ailleurs récolté des dizaines de milliers de dollars pour construire des bibliothèques dans les provinces rurales du centre du Vietnam et aidé des adolesecentes en Asie et en Afrique à terminer leurs études secondaires.

H’Hen chaperonne également d’autres jeunes plus âgés.

“Je fais du favoritisme, quand j’e en rencontre une de ma communauté à Ho Chi Min-Ville”, avoue-t-elle en riant.

Si on leur donne les outils pour réussir, dit-elle, rien ne peut les arrêter.

“Je veux partager ce message et changer certaines vies”, conclut-t-elle.

(Crédits photo : Nhac NGUYEN / AFP TO GO WITH Vietnam-women-education-fashion, INTERVIEW by Alice Philipson and Tran Thi Minh Ha)