02 Consommation en baisse, épargne en hausse : la machine économique au ralenti

Une consommation contrainte

La pandémie s’est traduite dans les faits par une réelle mise en parenthèse de l’activité économique, consécutive aux confinements et aux couvre-feu décidés par les gouvernements. Quand de nombreux commerces sont fermés ou que leur accès est limité dans le temps et dans l’espace, quand les possibilités de sortir de chez soi sont exclues ou fortement contraintes, pas étonnant que la consommation en subisse directement les conséquences. Autre élément pris en compte par les consommateurs : l’incertitude. Difficile de savoir comment évoluera la pandémie dans les mois à venir, si les confinements seront récurrents et si les vaccins feront preuve d’une grande efficacité face au virus et ses nombreux variants. Or l’incertitude est l’un des plus grands obstacles à la consommation, et donc à la croissance.

Conséquence, la proportion d’Européens qui pensent augmenter leurs dépenses dans les mois à venir est en recul de 6 pts par rapport à 2020 (34 %) (Fig. 3 Baromètre). Habituels champions du consumérisme, les Italiens rentrent dans le rang avec une baisse spectaculaire de 26 pts des intentions de dépenser plus. Bulgares et Tchèques et Roumains font preuve des mêmes préventions à ce sujet. À l’inverse, on trouve les Portugais, les Allemands et les Britanniques pour afficher des intentions légèrement en hausse (+3 pts et +2 pts).

Les Français se situent quant à eux dans la moyenne européenne (-6 pts). Gardons bien à l’esprit que cette étude a été réalisée alors que la seconde vague en était à ses prémices, ce qui peut expliquer certains résultats positifs.

 

Fig. 03 Baromètre :

 

Une épargne qui atteint des sommets

Par un effet de balancier, les intentions d’épargner davantage sont à la hausse (Fig. 4 Baromètre). Une volonté logique face à une consommation contrainte dans un contexte sanitaire incertain (Fig. 5 Baromètre). Plus d’1 Européen sur 2 témoigne de cette volonté (+3 pts). Les cigales italiennes se font alors résolument fourmis (+11 pts). Un « club des cinq » associant le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, l’Autriche et la Belgique suit plus modérément dans cette voie prudente. À l’opposé, la Bulgarie, la Slovaquie, la Hongrie et la Pologne ont moins l’intention que les autres d’augmenter leur épargne (et en recul par rapport à 2020).

 

Fig. 04 Baromètre :

 

Fig. 05 Baromètre :

 

Au-delà des intentions, les chiffres du taux d’épargne du 2e trimestre 2020 ont nettement confirmé « l’effet bas de laine » dû à la pandémie. La plupart des pays du Baromètre de l’Observatoire Cetelem ont enregistré des croissances spectaculaires en matière de taux d’épargne. Triplement en Espagne et au Portugal. Scores dépassant les 25 % en France, en Belgique et en Allemagne.

Quels que soient ses moyens, moins d’envie de consommer

La morosité est telle que l’envie même de dépenser n’est plus là (Fig. 6 Baromètre). Près d’1 Européen sur 2 en fait état. Et peu importe qu’on en ait ou non les moyens. La proportion de celles et ceux qui estiment les avoir mais qui témoignent de cette absence du désir de consommer est en hausse de 4 points. Soulignons également que les personnes âgées n’ont pas envie de dépenser du tout.

C’est dans certains pays aux économies les plus « prospères », ainsi qu’en République tchèque, que cette envie fait le plus défaut. 62 % des Autrichiens (+15 pts) et 55 % des Français (+12 pts) subissent une anémie consumériste. Seuls les Italiens affichent des envies de dépenser très sensiblement à la hausse (+3 pts).

 

Fig. 06 Baromètre :

 

Des envies d’évasion… à domicile

Le cocooning vécu pendant de nombreux mois, et celui qui se profile peut-être à l’horizon, profite aux équipements et services qui permettent de s’évader. Les plateformes vidéo et les consoles de jeux ressortent gagnantes des intentions d’achat (+5 pts). Pour la plupart des autres postes, c’est une sorte de statu quo qui est enregistré. Un signe supplémentaire, sans doute, de l’attentisme consumériste des Européens.

Au-delà de l’envie, la crise sanitaire impacte directement les différents postes de consommation. Année après année, celui des voyages et des loisirs caracolait en tête des intentions d’achat du Baromètre de la Consommation Cetelem (Fig. 7 Baromètre). S’il occupe toujours la première place du classement, la chute est sévère. Comme un écho aux difficultés des compagnies aériennes, les intentions de voyager ou de profiter de loisirs sont en baisse de 13 points. En Hongrie, en Pologne et en Slovaquie, elles sont même reléguées en deuxième position du classement. Avec un poids du tourisme dans leur PIB supérieur à 10 %, le Portugal, l’Espagne, l’Italie et l’Autriche pourraient endurer fortement les conséquences économiques de ce renoncement.

 

Fig. 07 Baromètre :