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Partie - Moral des européens. le pire est-il passé ?

POUR RÉSISTER, LES MÉNAGES ARBITRENT ET RENONCENT, NOTAMMENT SUR L’ALIMENTAIRE

6 minutes de lecture

Face à l’inflation la plus forte de ces quarante dernières années, les Européens ont fait front et se sont adaptés. Obligatoire quand les salaires ne suivent pas dans les mêmes proportions. Aussi, pour compenser la baisse de leur pouvoir d’achat, ils renoncent à certaines dépenses mais aussi multiplient les initiatives pour consommer mieux, ouvrant ainsi la porte à une évolution vers un commerce plus responsable.

L’HEURE EST AUX RENONCEMENTS

Après le choc de l’an dernier, les renoncements sont nombreux ! A commencer par les plaisirs du quotidien. 62 % des Européens ont renoncé à des dépenses de loisirs (restaurant, cinéma, sorties, …) et 58 % à celles liées aux week-ends et voyages. Logique car quand on les interroge, ils citent spontanément, à hauteur respective de 43 % et 38 %, ces deux axes prioritaires d’arbitrage en cas de difficultés financière (Fig. 14). Ce constat est général et partagé dans tous les pays. Difficile donc pour les acteurs de ces secteurs d’activité de compenser des pertes d’activités locales sur d’autres marchés Européens. Mais attention, plus globalement, l’ensemble des postes de consommation sont concernés par ces arbitrages. Près de 4 Européens sur 10 (37 %) ont ainsi coupé dans leurs dépenses alimentaires !
Bien évidemment, l’équipement de la maison et de la personne ont eux aussi été fortement impactés avec des taux de 54 % pour les vêtements et chaussures, 52 % pour les meubles, électroménager, TV et smartphone. Au final, même les postes contraints / obligatoires font l’objet de renoncements. 32 % des ménages ont ainsi diminué leurs dépenses énergétiques et 27 % celles liées à leur logement. Un moindre mal quand on met en regard les hausses de prix constatées ces dernières années.

UN BUDGET PASSÉ AU CRIBLE ET QUI SE RECOMPOSE

De fait, ces renoncements s’expliquent par l’évolution de la structure mensuelle du budget des ménages et notamment sur le poids des dépenses contraintes « lourdes ». Plus de la moitié des Européens déclarent que leurs factures en matière énergétique (66 %), alimentaire (65 %) et de transport (52 %) ont augmenté ces douze derniers mois. Par exemple, c’est au Royaume-Uni (74 %) et en Roumanie (71 %) que les budgets alloués aux dépenses alimentaires ont progressé le plus (Fig. 15a). Concernant leur facture énergétique, on retrouve de fortes hausses au Royaume-Uni (76 %), en Roumanie (74 %) mais aussi en France (72 %) (Fig. 15b). Une partie des dépenses contraintes restent elles stables. Santé, logement et abonnement sont indispensables mais peu impactés à l’heure actuelle par les hausses.

Fig. 14 / Baromètre

Fig. 15a / Baromètre

Fig. 15b / Baromètre

Mécaniquement, la part du budget allouée aux autres dépenses diminue. Sans surprise, on retrouve dans ces variables d’ajustement l’équipement de la personne, de la maison ainsi que les loisirs (Fig. 15c). Ces stratégies ont été adoptées, à la fois, par les bas et les hauts revenus ; mais évidemment à un degré différent, les plus hauts revenus étant moins sous contrainte financière.

Fig. 15c / Baromètre

REVENUS ÉLEVÉS ET REVENUS FAIBLES : MÊME RENONCEMENTS

L’ampleur de la crise qui touche l’Europe est telle que tous les ménages, quels que soient leurs revenus, ont mis en place des stratégies de sauvegarde de leur pouvoir d’achat. Si 69 % des revenus faibles ont renoncé à des loisirs cette année, le taux atteint 55 % pour les revenus élevés (Fig. 16). Même constat sur l’énergie avec des pourcentages respectifs de 39 % et 25 %. Tout le monde se serre donc la ceinture. Bien sûr comme on vient de le voir, l’intensité est plus forte pour les ménages sous plus grande tension budgétaire mais le le différentiel avec les foyers plus aisés reste le même pour l’ensemble des postes de consommation. Seul l’alimentaire échappe à la règle. Si les revenus faibles ont restreint voir renoncé à des achats à hauteur de 46 %, c’est nettement moins le cas pour les revenus élevés avec « seulement » 27%. Le ratio monte ainsi à 1,7 contre 1,3 pour les loisirs et vacances. Preuve que la priorité budgétaire est plus que jamais au contrôle des dépenses et principalement celles « accessoires ».

LES EUROPÉENS MANGENT MALIN

Quand on entre dans le détail des comportements alimentaires des Européens, on s’aperçoit que, très logiquement, ce sont les revenus faibles qui ont le plus renoncé. 55 % d’entre eux arrêtent d’acheter de la viande ou du poisson afin de maîtriser leurs courses alimentaires. Et, plus inquiétant, 42 % de ces ménages contraints ont moins mangé ! (Fig. 17).

Fig. 16 / Baromètre

Au-delà de ces renoncements radicaux, les Européens ont, dans leur ensemble, multiplié les initiatives pour faire face à la crise alimentaire pour manger plus intelligemment. Ce constat est identique entre les deux tranches de revenus. A l’analyse des résultats du Baromètre Observatoire Cetelem 2024, deux stratégies se dessinent.

La première est celle du bon sens. Logiquement, 81 % des personnes interrogées déclarent avoir plus recours aux promotions et aux prix bas cette année. Une tendance qui s’incarne très concrètement dans l’évolution des parts de marché des enseignes de distribution alimentaire. Mais on doit aussi intégrer dans cette catégorie la réduction au maximum du gaspillage (83 %), le pilotage à la lettre du budget alloué (77 %) et bien sûr le changement d’enseignes pour privilégier le low cost et le hard discount (58 %).

La seconde : diminuer la qualité mais aussi la quantité des produits alimentaires consommés. Premier comportement dans cette stratégie ? Pour un même produit, privilégier des marques moins chères. Le renoncement aux produits bio qui concerne 49 % des Européens entre aussi dans ces choix tout comme renoncer à la viande ou au poisson (47 %) et moins manger (35 %). 4 Français sur 10 déclarent ainsi « moins manger » que par le passé. 29 % des Espagnols, 30 % des Allemands, 35 % des Britanniques répondent aussi à l’affirmative à cette question. Preuve que le phénomène est malheureusement européen. 

Fig. 17 / Baromètre

Sous-Partie 4
L’INCERTITUDE EXPLIQUE UNE ÉPARGNE DE PRÉCAUTION ET UNE CONSOMMATION SOUS-CONTRÔLE
On vient de le voir, l’inflation inquiète profondément les Européens. Mais à la différence de l’année dernière où la stupeur était de mise, ils s’organisent et s’adaptent. Les réper
Sous-Partie 6
Conclusion 
Ce Baromètre 2024 dépeint des Européens vaillants.Si le contexte reste difficile pour les consommateurs, ils ont fait preuve d’une grande capacité d’adaptation en 2023.Ils s’organisent pour