04 Des Européens qui doutent

L’âge d’or d’une consommation euphorique, statutaire, insouciante, symbole d’une amélioration des conditions de vie, témoin d’une société qui envisageait l’avenir avec envie semble désormais révolu.
En France, les Trente Glorieuses en avaient été l’expression la plus tangible. Si consommation rimait avec horizon, désormais c’est plutôt avec déraison. Et le futur de la planète ne se lasse pas d’inquiéter les Européens.

UNE TERRE QUI TOURNE MAL

Les doutes et les inquiétudes sont donc là, bien présents. Mais le futur ne se pare pas des meilleurs atours (Fig. 11).
3 Européens sur 4 jugent sévèrement que la terre continuera à être pillée de ses ressources, les habitudes de consommation ne changeant pas. C’est en Roumanie que l’on rencontre les plus pessimistes à ce sujet (85 %), mais également en Allemagne et en Autriche, sans doute du fait d’une conscience écologique ancienne et du poids affirmé des partis défenseurs de l’environnement dans ces pays.
Les Portugais, les Suédois et les Belges se montrent quant à eux les moins négatifs.
Autre témoignage du pessimisme ambiant qui pourrait donner le sourire à un collapsologue, 6 Européens sur 10 jugent que la terre a atteint un point de non-retour et que la catastrophe pend au nez des terriens. Les Portugais se déclarent à ce sujet les plus véhéments ainsi qu’à nouveau les Allemands et les Italiens.

FIG. 11 :

 

UNE CERTAINE CONFIANCE DANS LES HOMMES ET LA TECHNOLOGIE

Tout serait-il donc perdu ? Pas tout à fait. Deux lueurs d’espoir brillent dans cette nuit d’opinions négatives. La technologie, qui pour 56 % des Européens peut venir contrecarrer la dérive écologique. La confiance, malgré tout, en l’humanité qui saura prendre les mesures nécessaires pour sauver la planète (55 %).
Les technophiles se rencontrent souvent dans les pays de l’Est de l’Europe, toujours admiratifs de la manière dont leur vie a changé en si peu de temps grâce aux innovations.
Les humanistes se croisent sous les mêmes longitudes, mais aussi dans la péninsule Ibérique, avec des Espagnols particulièrement croyants dans l’être humain. Soulignons que les seniors sont moins nombreux que les millennials pour juger que le point de non-retour est atteint, tout comme ils ont davantage confiance en la technologie et l’humanité.

LE REJET DES INSTITUTIONNELS

Confiance – relative – dans les êtres humains, oui, mais pas tous (Fig. 12). Tout dépend à quel groupe ils appartiennent.
S’ils sont membres d’une ONG ou lanceurs d’alerte, les Européens les estiment clairement légitimes pour défendre une cause ou dénoncer un problème (72 % et 71 %).
Syndicats et lobbies environnementaux incarnent également des porte-paroles crédibles (63 % et 62 %). En revanche, le doute est permis concernant les partis politiques et, plus encore, les lobbies industriels (51 % et 43 %).
Un rejet des institutionnels et des industries exprimé plus fortement par les millennials.
C’est en Pologne et au Portugal, et aussi en France, que l’on rencontre les plus ardents soutiens des ONG et des lanceurs d’alerte, tandis que la Suède, la Grande-Bretagne, l’Allemagne et toujours la Pologne accordent leur confiance aux syndicats et aux partis politiques.

FIG. 12 :

 

SE FAIRE ENTENDRE

Premier signe d’un activisme émergent, les Européens estiment légitime de passer à l’action pour soutenir une cause. Boycotter une marque a leur préférence (63 %), un peu moins pour les millennials pour lesquels l’éveil au consumérisme relativise ce sacrifice.
La désobéissance civile est comprise par près de la moitié des Européens. Et plus d’un tiers considère l’occupation spontanée de sites non autorisés comme légitime.
Sur ces deux modes d’action, jeunesse oblige, les millennials font preuve d’un volontarisme plus marqué que leurs aînés.
Français et Suédois montent au front pour le boycott des marques, alors que la désobéissance civile et l’occupation des sites sont encouragées par les Polonais et les Slovaques.

UN PROBLÈME ENVIRONNEMENTAL LARGEMENT ADMIS

L’Europe de l’Est se distingue aussi par la proportion importante de personnes se déclarant climato-sceptiques comparée au reste de l’Europe (Fig. 13). Si cette opinion est exprimée en moyenne par 27 % des personnes interrogées, chiffre déjà conséquent, le résultat dépasse 30 % dans tous les pays de cette zone géographique, excepté en Hongrie.
À l’inverse, Portugais, Autrichiens et Français ne doutent pas de l’influence de l’être humain sur le dérèglement climatique.

FIG. 13 :