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Mobilité: le scooter reste roi, la concurrence en embuscade

01
oct
2018

(AFP) – « A Paris, j’ai tout essayé: la bagnole c’est insupportable, le scooter, c’est mon utilitaire »: Frédéric Lorenzi, quinquagénaire en costume croisé sur son engin neuf, incarne le nouvel utilisateur urbain, celui qui permet aux scooters de résister dans un marché de la mobilité de plus en plus concurrentiel.

Trottinette, vélo à assistance électrique (VAE), services de partage avec ou sans bornes… les alternatives aux deux-roues classiques, invités cette année au Mondial de l’Auto (4-14 octobre), sont nombreuses. Mais le scooter reste pratique, économique et s’ouvre désormais aux solutions électriques alors que des experts attribuent aux moteurs thermiques deux ultimes décennies d’espérance de vie.

« Environ un million de scooters roulent en France, c’est l’un des marchés les plus denses », rappelle ainsi Jean-Luc Mars, président de la branche moto de la chambre syndicale CSIAM.

Près de la moitié (44%) des moins de 125 cm3 en France se concentrent même en Île-de-France et Provence-Alpes-Côte-d’Azur.

« Le trafic a doublé lors de la première décennie (du XXIe siècle), des automobilistes basculant peu à peu vers les deux-roues », constate Christophe Najdovski, maire adjoint de Paris chargé des déplacements. Environ 96.000 deux-roues motorisés parcourent chaque jour une ville qui compte 40.000 places de parking.

Le bon vieux moteur thermique reste roi, mais la grande nouveauté c’est l’électrique avec environ 4.000 deux-roues de ce type actuellement dans Paris.

« L’électrique a éclos via le +sharing+ (véhicules partagés, NDLR) ou les flottes institutionnelles, mais fonctionne encore très peu au niveau du grand public », reconnaît Vincent Thommeret, directeur national de Yamaha. « Seul le hoverboard de +Retour vers le futur+ est plus rationnel que nos scooters, quelle que soit leur motorisation ».

Cityscoot s’est lancé à Paris en juin 2016 et comptabilisait alors 500 locations par jour avec 150 scooters électriques en « free floating » (sans borne). Aujourd’hui, il enregistre près de 13.000 locations quotidiennes. En 2019, sa flotte montera à près de 10.000 engins dans sept ou huit villes européennes.

« En ville, je vois le dégoût de la voiture devenir réel avec une baisse d’utilisation de 30 à 40% », prédit ainsi Bertrand Fleurose, président-fondateur de Cityscoot. « D’ici 2025, il y aura minimum 15.000 scooters électriques à Paris, une ville locomotive en matière de mobilité ».

Le scooter ne fait pourtant pas l’unanimité, qu’il s’agisse de sa pollution, de son bruit ou de l’incivisme de certains utilisateurs. Et l’autonomie limitée des batteries et l’inexistence du réseau de points de charge restent problématiques pour la démocratisation de l’électrique.

– L' »autosolisme » en ligne de mire –
« On est confronté à une forme d’envahissement de l’espace public, notamment sur les trottoirs. Là, la gratuité est totale, nous sommes dans une phase transitoire mais nous souhaitons instituer une redevance d’occupation de l’espace public », indique M. Najdovski.

L’élu note que les deux-roues ont disparu des trottoirs à Vincennes et Charenton… depuis que le stationnement est payant, et rêve de remplacer « l’autosolisme » – un automobiliste seul dans son véhicule -, par une « mobilité multimodale », combinant plusieurs modes de locomotion.

« Dès 2019, nous souhaitons avoir les moyens d’encadrer toutes les mobilités. Sinon, le risque, c’est d’avoir les VTC qui encombrent la ville, comme à Londres, des trottinettes dégradées par les habitants comme à San Francisco. On attend la loi d’orientation sur les nouvelles mobilités », précise-t-il.

Celle-ci pourrait notamment réglementer l’usage des trottinettes électriques, encore anarchique.

Le 14 septembre, le gouvernement a également dévoilé son grand « Plan vélo ». Entre 2016 et 2017, les ventes de VAE ont quasiment doublé à 255.000 exemplaires selon l’Officiel du Cycle.

« Tous les modes de transport ne se valent pas », juge encore l’édile, qui valorise la réduction de la pollution atmosphérique. « Les modes motorisés viennent derrière ».

« Le vélo est proche de son développement maximum, surtout si le casque devient obligatoire et la trottinette, c’est un feu de paille, surtout avec des trottoirs étroits », tempère Bertrand Fleurose. Les VTC et taxis vont rester attrayants mais les scooters en +free floating+ vont tripler dans les quatre ans ».

« Tant que 30 à 50% du parc ne sera pas électrique, on ne paiera pas le stationnement, on sera avantagé pour assurer la transition énergétique », ajoute-t-il.

« Il y a plus de vélos partagés à Berlin que de scooters électriques en partage sur le continent, c’est-à-dire environ 20.000 », relativise Enrico Howe, chercheur spécialisé de l’institut Innoz. « A l’avenir, le thermique ne dominera plus comme aujourd’hui. Le développement des transports en commun assurera la colonne vertébrale de la mobilité et les vélos et l’électrique partagé joueront un rôle très important ».

(Crédits photo : Lionel BONAVENTURE / AFP )


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